Evelyne Pigato: à la rencontre des sans-papiers

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Evelyne Pigato est enseignante à l’école St Pierre [1] à Thionville. C’est une école biculturelle ce qui signifie que les cours sont dispensés en français et en allemand.

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Evelyne est elle-même française, elle est née à Villerupt et italienne par ses parents. Les Pigato faisaient partie de la dernière vague d’immigration italienne en France dans les années cinquante, ils venaient de Marostica. Monsieur Pigato était maçon, sa femme était céramiste puis couturière : elle cousait pour toute la famille.

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Tous deux étaient parmi les premiers membres du cercle de l’U.L.E.V, unione Lavoratori Emigrati Veneti, une des trois associations italiennes toujours active à Villerupt. Evelyne a passé tous ses étés à Marostica jusqu’à ses seize ans. En Italie elle circule incognito, elle aime ce sentiment d’appartenir à la population. En 1996, enseignante fraichement diplômée, elle participe à un programme d’échange franco-allemand de maîtres du premier degré dans une école allemande de Trèves en Rhénanie-Palatinat : elle enseigne le français.




Dans l’école, il y a un groupe important d’enfants d’origine turque en difficulté scolaire. Ils prennent goût à son cours : leurs bons résultats vont leur redonner le sourire.


Quand Evelyne revient en 99, elle enseigne à l’école St-Pierre et continue à se former. Elle passe sa maîtrise de français langue étrangère à l’université de Metz puis un master professionnel.

En 2006, elle est en poste à l’école du Centre et c’est là qu’un déclic se produit. Dans sa classe il y a un enfant sans-papiers : ces jeunes élèves vivent constamment dans l’angoisse d’être expulsés dans leur pays d’origine. Grâce à lui Evelyne va découvrir le monde des demandeurs d’asile et l’antenne thionvilloise de R.E.S.F[2], le réseau d’éducation sans frontière.

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Le réseau intervient pour concrétiser les demandes d’asile de ces gens qui arrivent en France dans des conditions difficiles puis les oriente et suit leur dossier. Cela demande des compétences précises qu’elle n’a pas et Evelyne choisit d’aider à sa façon en prenant les enfants en charge pour des sorties et des activités.



Elle réussit par exemple à leur proposer des activités culturelles grâce à la directrice de la médiathèque de Florange et aussi des activités sportives grâce à un ami qui leur ouvre son club de ping-pong. Cela les sort des structures d’hébergement où ils vivent confinés avec toute leur famille dans de minuscules chambres.

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Mais les permanents du réseau sont beaucoup plus sollicités. En plus de traiter l’ensemble des dossiers, ils sont capables d’intervenir 24 heures sur 24 pour répondre à une demande d’aide urgente. C’est une tâche usante et aujourd’hui Evelyne constate l’épuisement du noyau dur du réseau de Thionville. Avec ses amies elle a tout de même organisé une fête de Noël pour les enfants dans une salle municipale dans le simple but de leur changer les idées.

Livre1.jpgdessins de Yahia al Salo


Depuis qu’elle s’est impliquée dans le monde des demandeurs d’asile, elle a rencontré ici et en Allemagne, des migrants dans des situations pénibles. Elle s’est liée d’amitié avec un professeur de philosophie congolais, Guy Bosco Eba et un doctorant irakien, Al Bagdadi animés par la même passion : écrire ce qu’ils ressentent.


Livre.jpgdessin de Céleste


Quelques mois après leur rencontre, ils réunissent leurs poèmes et un livre d’artiste prend forme grâce aux illustrations de Céleste, une artiste peintre de la région et Diego, le cousin d’Evelyne, un artiste peintre italien. La guerre, les papiers, la détresse, la vie, l’Amour et l’espoir sont les thèmes de ce livre. Quelques exemplaires ont été édités mais aucun éditeur n’a voulu prendre le relais pour l’instant.

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Pour Evelyne Pigato, enseigner ne se limite pas à la transmission des savoirs mais consiste également à transmettre des valeurs et développer l’esprit critique des élèves. De nombreuses personnes croient en ces valeurs de solidarité qui naissent autour des demandeurs d’asile et on peut espérer une reprise des activités du réseau.


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