Hervé Mergey, une vie

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Hervé Mergey: une vie.

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C’est la vie qui a amené Hervé Mergey au Fomal de l’avenue de Douai à Thionville. Le 10 octobre 2008, Hervé a quarante sept ans et il est à la rue.

Hervé n’a pas honte de le dire, c’est l’alcool qui l’a amené là.

En 2004, après vingt ans de travail, il quitte la Sncf. Pourtant il aimait bien son métier. Il était chef de manœuvre à Woippy, le plus grand triage de France, 24 heures sur 24. Son travail consistait à former des trains jusqu’à sept cent mètres de long, en guidant le mécanicien par radio depuis la voie. Une vraie responsabilité.

Mais sa vie de famille s’est détériorée, sa mésentente avec sa femme l’a enfermé dans l’alcool et un jour, submergé de dettes, il n’a plus pu supporter les commentaires insultants de ses collègues. Il a perdu son contrôle et laissé exploser sa violence contenue.

Après c’est la séparation, la perte de son travail et la prison en 2005. Huit mois à Queuleu : en arrivant on a vraiment peur car on ne sait jamais avec qui on va tomber. Mais dans son malheur, il a de la chance car il obtient un travail au mess, à l’extérieur de la prison et son codétenu est un bon camarade. De la prison, ce qui le choque le plus c’est le manque d’intimité. Dans les cellules, les toilettes ne sont pas séparées du reste et on est constamment sous le regard des surveillants. C’est révoltant mais il l’a vécu. Il a fait tout pour que ça se passe bien : il faut qu’il reste calme pour ne plus y retourner.



Le père d’Hervé était mineur. La mine de Valleroy avait fermé quand il avait cinq, six ans et son père après un essai à l’usine d’Hagondange, était retourné à la mine, à Bouligny cette fois.

Son père était aussi bûcheron et Hervé le suivait dans les bois. Ce petit homme d’un mètre cinquante huit débordait d’énergie et travaillait tout le temps. Il n’était jamais à la maison.


Enfant, Hervé n’était pas bagarreur et c’est son père qui lui a dit un jour de se défendre tout seul pour régler ses problèmes au collège. Il a découvert la boxe française et les gants blancs. Mergey.piennes.1978.jpg

à Piennes en 1978


C’est devenu son sport favori et à la fin des années 70, il est devenu vice-champion de lorraine. Son départ à l’armée l’empêchera de devenir moniteur mais lui permettra d’acquérir d’autres techniques de combat.


Hervé encaissait tout jusqu’à un certain point. Mais quand ça pétait… ça pétait ! Aujourd’hui il règle les conflits autrement. Il préfère prendre les choses à la rigolade car une bagarre, on ne sait jamais comment ça se termine. Avant, il gardait pour lui ses problèmes familiaux. Quand ça ne va pas, il coupe les ponts. Mais maintenant il essaie de dire les choses. C’est pour ça qu’il aime la relaxation qu’il pratique au centre le Lierre. Il n’y croyait pas mais il a découvert que si on le fait sérieusement ça agit vraiment : ça relaxe.

Depuis le mois de novembre, Hervé a renoué avec l’association des Croix bleues. Il a donné un coup de main au stand qu’ils ont sur le marché de Noël de Yutz. Les Croix bleues est une association d’aide aux alcooliques qu’il avait fréquenté assidument entre 1999 et 2003.


Il était même devenu membre actif, c'est-à-dire abstinent depuis au moins neuf mois d’affilée. Cela lui permettait d’épauler quelqu’un d’autre à son tour, après une formation à Villers les Nancy. Au début, sa femme venait aussi aux réunions de membre car la famille doit être solidaire pour que ça marche. Mais il avait rechuté et préféré jouer franc-jeu : après 52 mois sans le moindre alcool, il avait perdu son statut de membre. Aujourd’hui le stand des Croix bleues est anonyme pour éviter les malentendus : le vin chaud y était si bon que les clients n’ont pas compris quand on leur a dit qu’il était fait à base de jus de raisin et pas de vin.

En ce moment Hervé Mergey partage un logement du Fomal avec deux colocataires. Le Fomal, on peut compter sur eux, ce sont des professionnels. Quand on arrive sans ressource, on a droit à des tickets de 25 Euros par semaine d’achats alimentaires et d’hygiène. C’est mieux que rien : certains jeunes, on leur donne tout mais ils n’ont pas de respect. Ce n’est pas son rôle mais quand il voit les choses, il les remet à jour.


Hervé avait famille maison travail. Maintenant c’est le RSA. Il a toujours réussi à s’en sortir. Les éducatrices du Fomal le poussent à agir. Mais il a du mal à croire qu’on peut refaire sa vie avec 400 Euros par mois à 48 ans.



le Fomal, foyer mosellan d'aide aux libérés, se trouve au 19 Avenue de Douai 57100 Thionville , 03 82 53 92 65.



Hervé Mergey : une vie

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la Croix bleue à Thionville-Yutz: http://pagesperso-orange.fr/alcool57cb

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article publié sur le blog Mon quartier ma ville [1]