Latifa Chaabt, Micheline Salvatore, Nacera Kelsen-stein : nous sommes la frontière

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Latifa, Micheline et Nacera

Réunies au 21 boucle de la Milliaire à Thionville dans les locaux du centre Jacques Prévert, Latifa Chaabt, Micheline Salvatore et Nacera Kelsen-stein on parlé entre elles devant les caméras du «Réel en vue », de la notion de frontière. Latifa commence.

Il y a des frontières visibles et des frontières qu’on ne voit pas mais qu’on ressent, on s’arrête on demande la permission d’entrer. Soit on a le visa et on entre, soit on ne l’a pas et on s’en retourne. C’est ça la frontière invisible : il ya ce respect pour la personne et j’attends. Ai-je la permission d’entrer dans son monde ? Chacune a besoin de ses petites frontières : si la personne ne garde pas son secret, c’est une gène.

Nacera n’arrive pas à exprimer ce qu’est la frontière car la frontière est partout : dans la culture, dans la religion, dans le travail, dans la personne elle-même, par exemple, la religion en est une : elle dit ce que doit faire la femme.


Micheline se rappelle la première fois qu’elle a du manger séparément de ses amis masculins en Tunisie. Elle a l’habitude de partager avec ses amis et cette séparation l’a choqué. Ce jour-là elle avait failli partir : elle n’avait pas osé poser la question. Micheline pense que les tunisiens sont timides et renfermés et qu’il ne faut pas poser de question sur ce qui se passe chez eux.


On lui a dit plus tard que c’était la coutume mais personne n’a jamais pu lui expliquer pourquoi.

Nacera ne voit là rien de choquant car ça se fait encore aujourd’hui, les garçons vont avec leur père, les filles avec leur mère. Elle explique la séparation par la timidité : les femmes ne peuvent pas rire devant un étranger. « Nos mères sont comme ça, on a été élevées comme ça. Ce n’est pas de maintenant. »

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Quand elle était enfant, Latifa supportait assez bien les marques de différences à l’école, « tu n’as pas la même couleur, tu ressembles à du chocolat » : elle cherchait à s’intégrer, il fallait vivre. Quand elle a eu des enfants, c’est devenu moins évident à supporter. Elle voulait que ça change, elle ne voulait pas que ses enfants subissent la même chose qu’elle.


Nacera elle, s’est intégrée facilement et directement à la société française et elle en parle avec ses enfants: ils sont nés ici, ils sont français. Mais elle redoute un rejet possible à cause de leur nom de famille français. Elle prépare ses enfants car elle ne voudrait pas qu’ils souffrent en grandissant, d’être rejetés de la communauté arabe.


Latifa remarque que quand elle va là-bas au Maroc, elle n’est pas considérée comme les gens du pays et quand elle est ici , elle est toujours obligée de se battre pour légitimer son appartenance à son pays, la France. A chaque fois elle se sent un peu perdue et elle a besoin de faire le point. Elle a deux pays. La France est une grosse part d’elle-même, le Maroc ses origines.

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Micheline sait que la langue tue et qu’il faut réfléchir avant de parler car les mots restent : une fois la personne vexée on ne peut plus rien changer à ça.

Ce qui l’a fait le plus souffrir par le passé, c’est le regard des autres sur sa petite taille, ces gens qui la dévisageaient et se retournaient quatre, cinq fois sur son passage. Elle rigole elle-même de sa petite taille sinon elle resterait toujours au passé. Alors même elle, elle passe par-dessus aujourd’hui.

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Nacera dit qu’il ne faut pas écouter les gens, que quand on veut faire du mal, on trouve. Latifa ajoute qu’on est des êtres humains avec leurs défauts et leurs qualités. On se fabrique des maisons, des jardins des petits terrains, on délimite, on est content… Après, on détruit, on est content…

Heureusement le racisme physique diminue. D’une époque à l’autre, il y a des progrès. Ce qui est bien c’est que les enfants d’aujourd’hui sont très éveillés. Le monde moderne a un impact sur eux et bizarrement, elle n’a pas peur pour eux. Plutôt que de tirer la couverture d’un côté ou de l’autre, il faut essayer de la stabiliser dans une atmosphère saine pour tout le monde. Et trouver un juste milieu entre Orient et Occident. La perfection n’est ni l’Orient ni l’Occident, mais les deux. C’est la force de Latifa, elle en est fière et elle fait en sorte que ses enfants communiquent ça à leurs camarades pour qu’ils s’échangent ces richesses.



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la rue Paul Albert sépare le quartier en deux : de la vient la nécessité des locaux du 21 bcle de la Milliaire

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un film tourné avec le concours de l'office du tourisme de la ville sur les quartiers de la Milliaire, de st Pierre et Beauregard

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Publié par Mon Quartier, Ma ville[1]