Moulay Elbatal, l'ambassadeur

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Quand il est revenu se poser à Thionville, Moulay Elbatal a obtenu un logement tour de la bécasse, à la côte des roses. Il est content car c’est là qu’il a grandi.

Dans sa jeunesse, Moulay avait misé beaucoup. Les éducateurs, après trois tours de quartier entre deux cafés, disaient aux jeunes que grâce aux études, ils allaient pouvoir dépasser les obstacles qu’on trouve sur son chemin quand on vient d’un quartier.

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Quand il a compris le symbole du bac et pourquoi il fallait l’avoir, il a laissé le quartier de côté et il l’a eu. Il croyait encore que sa réussite ne dépendrait que de son travail. En fac, Il était sérieux et n’allait pas en boite comme ses collègues, ça, grâce au quartier. Il avait cette maturité là. Il ne voulait pas se mélanger et cela a été mal perçu. Ses notes sont devenues catastrophiques, à l’étonnement de ses collègues.

Mais le déclic s’est produit en cours de journalisme. La professeur a demandé le nom d’un ministre qui s’était suicidé sous la pression médiatique. Pour lui c’était évident, Bérégovoy. La professeur a dit en s’adressant à ses collègues : "comment il sait ça lui ? ". Il a compris que ces gens avaient des idées préconçues sur lui et que son travail et son honnêteté n’y changerait rien.

Moulay est parti. Il a décidé d’apprendre la vie là où les gens travaillent, en usine, sur les chantiers partout, en intérim. Moulay a de la chance, il pouvait s’appuyer sur sa famille et les valeurs de la religion. La fraternité, le respect des anciens et la fatalité : quand un jeune de la côte se dit qu’il irait bien s’amuser en boite et réalise qu’on ne veut pas de lui et bien c’est simple : il n’y va pas.

Beaucoup ont mal réagi : on leur montre qu’ils ne sont pas intéressants avant même de les connaître : « tu ne feras rien toi ». Alors, pour devenir intéressant il faut choquer : des meilleurs que lui sont partis en prison. Oui Moulay a de la chance, il a les mots pour le dire, les autres se détruisent eux-mêmes.

"Une dame qui a besoin de se justifier qu’elle n’est pas raciste, un barman qui annonce le café à cinq franc quand on passe la porte du bar, les gens ne mesurent pas la portée de ce qu’ils disent. On croyait qu’avec le temps ça changerait maintenant c’est grave car ça n’a pas changé.

La conséquence, c’est le repli identitaire et le risque pour les jeunes de se faire bourrer le crâne par un fanatique qui ne connaît rien à la religion. L’état fait un débat sur l’identité nationale, c’est bien de susciter l’opinion générale mais pourquoi expulser tant de gens dans le même temps ?

Le décalage est constant : ils viennent nous inculquer des valeurs que nous mettons déjà en pratique et qu’ils ne s’appliquent pas à eux-mêmes."

Aujourd’hui, Moulay travaille à l’hôpital bel-air comme brancardier et ce qu’il a appris dans le quartier il l’apporte à l’hôpital : être plus intelligent que les racistes, il le fait au boulot. Être honnête et authentique, parler avec les anciens, il le fait au boulot. Les anciens sont réservés, ils connaissent la vie : « montre moi avant de parler ». Ils ont quitté leur pays sans savoir s’ils allaient réussir. Quand il a quitté le Maroc, le père de Moulay ne savait même pas si ses enfants auraient à manger le soir. Ces hommes ont misé sur l’avenir en France et ils ont fait beaucoup de sacrifices. Même leurs enfants doivent leur prouver les choses : son père n’aurait jamais accepté d’argent de lui avant qu’il sache que cela venait de son travail . Sinon il n’aurait rien voulu. "Les anciens sont contents de ce que la France leur a donné mais c’est aux jeunes qu’il faut montrer l’importance qu’ont leurs parents, ces hommes qui ont accepté de monter les étages à pied quand l’ascenseur était en panne chaque week-end. On a refait les terrains de jeux, c’était la moindre des choses mais la rénovation du quartier s’est faite à l’envers. Personne n’est venu demander aux habitants de la côte des roses qui souhaitait accéder à la propriété ni quelles solutions proposer aux jeunes, aux anciens."


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"Et en même temps on voit pousser si vite toutes ces belles villas au bord du quartier qu’on se demande comment c’est possible. Après toutes ces années où on demandait une solution pour les ascenseurs toujours en panne, les cages d’escalier jamais repeintes. On s’est résigné et là on voit ce que l’argent peut faire. Ça fait naitre la méfiance. Si l’argent fait ces belles maisons si rapidement pour les gens qui ont les moyens, on aurait peut-être pu faire un peu plus pour les gens qui habitent les cages à poules." Là où l’argent fait autorité c’est aux autorités de réguler : les terrains des belles villas auraient peut-être pu être consacrés à reloger des gens du quartier. Le politique montre son manque de force.


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Toufikk Mouhssine et Moulay tiennent la sono à la fête des voisins 2010

"C’est tout un quartier avec son histoire qui risque d’être balayé : il faut montrer aux gens qu’ils comptent, la fête des voisins ça ne suffit pas : il faut agrandir la mosquée, ouvrir les magasins que les gens attendent, ça, ça donne envie. Les politiques doivent nous montrer qu’ils ont envie de faire des choses avec nous car nous on est là." La France de Moulay c’est celle des droits de l’homme, des soins pour tous et de l’accueil des exilés politiques. Quand il est au Maroc ça se voit qu’il est français. Les enfants de l’immigration critiquent leur pays d’origine par ce qu’ils l’aiment et qu’ils préfèreraient le voir aussi juste et équitable que les états européens. De même ils critiquent et ils défendent la France."

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l'ambassadeur


Moulay Elbatal parle de son quartier

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