Pierre Stolze, un drôle d'enfant de cœur

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Pierre Stolze a vécu à Œutrange entre 1992 et 2007. Il cherchait un autre mode de vie avec potager et jardin. Il y avait encore une épicerie une boulangerie, deux bistros et un bureau de poste, essentiel quand on est écrivain. La poste était ouverte tous les matins, puis de plus en plus tard dans la journée, puis seulement deux jours par semaine et enfin plus du tout. Le village se meurt lentement et Pierre s’est replié depuis sur un autre quartier de Thionville.

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L’histoire thionvilloise de la famille Stolze commence en 1927 avec un grand père allemand qui au début du siècle dernier épouse une alsacienne et cherche à s’installer en lorraine pour y ouvrir un grand hôtel. Personne ne veut lui vendre de local à Nancy mais c’est là qu’il entend parler d’un superbe emplacement au coin de la rue Castelnau et de la rue d’Angleterre à Thionville. Le Trianon Palace restera dans la famille jusqu’en 1990.

Pierre, né en 1952, va à la Providence puis à l’école saint Pierre qu’il quitte à l’âge de onze ans à destination du collège épiscopal de Bitche[2] pour faire curé. C’est le vœu de la famille qui suit là le désir de Pierre de devenir missionnaire en Afrique. Il change assez vite d’idée et devient la bête noire de l’évêque de Metz en se faisant remarquer par des articles iconoclastes dans la revue du collège.

Ce qui ne l’empêche pas de servir la messe pour lui quand il vient au collège. Pierre est enfant de chœur depuis ses six ans, sa mère craignait que ça ne soit trop jeune mais pour faire « pot de fleur », le premier grade d’enfant de chœur, Pierre faisait bien l’affaire. Si bien que le curé venait parfois le chercher jusque dans sa classe de l’école St Pierre pour officier dans un mariage ou un enterrement. A Bitche[3], il atteindra le sommet de la hiérarchie du chœur en devenant « grand thuriféraire ». Son rôle est d’alimenter l’encensoir et d’encenser la foule des croyants et le prêtre qui officie la messe.

Pierre se souvient d’une farce de son cru qui consistait à séparer l’encens et les braises par une couche de cire de bougie dans l’encensoir avant de le tendre au curé : la cire étouffait les braises, le curé impatient secouait le tout pour obtenir une réaction ce qui provoquait la combustion de la cire et noyait le chœur d’une épaisse fumée. Il se souvient aussi des paris que les enfants de chœur prenaient sur les dames les premières arrivées pour recevoir la communion. C’est bien parce qu’il est bon élève que le collège le gardera.


Pierre ira jusqu’en Normale Sup[4]. Il pense s’orienter ensuite vers l’Ecole Française d’Extrême d’Orient, l’archéologie est sa passion et il a déjà déposé un sujet de thèse sur la disposition des temples d’Angkor au Cambodge. Mais dans les années 70, c’est la guerre dans cette région d’Asie, Saïgon et Phnom Penh tombent et Pierre ne verra jamais Angkor[5].


Mais rien ne se perd. Pour se délasser du concours d’entrée à Normale Sup[6], Pierre a découvert « Le Monde des Ā » le célèbre roman de science-fiction de Van Vogt[7] traduit en français par Boris Vian[8] en 1953. Il dévore cette littérature nouvelle pour lui et écrit un premier roman en 1976, « Le Serpent d’Eternité » dans lequel Angkor sert de décor. En 1977, Il se fait remarquer par la communauté littéraire en signant une nouvelle dans la revue Fiction, intitulé « ah ! dit-il en se grattant les couilles » car il perpétue la tradition des Normaliens écrivains qui a tendance à disparaître. Mais est-il capable d’écrire un livre publiable ? Son livre est finalement édité en 1979.


Pierre est prof de français et de latin à Fameck entre 1980 et 84 mais il ne peut enseigner et écrire de front. Il passe sa thèse de doctorat en 1994 avec pour sujet la Science Fiction comme renouvellement de la littérature classique par son inventivité et la métaphorisation de ses formes. A cette époque la S.F fait partie de la contre-culture au même titre que la B.D et le polar. La soutenance de thèse dure six heures ! On se méfie d’un normalien écrivain de surcroît qui s’intéresse à la S.F. Pierre se fait mettre en disponibilité et se consacre à l’écriture. Il adore la fiction spéculative qui explore un futur toujours proche et sert de miroirs déformant de notre réalité. Le thème du voyage dans le temps lui plaît aussi car il a à voir avec l’enfance, comme une faculté que perdrait l’adulte. Il va écrire seize romans et recueils de nouvelles.

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Le plaisir d’être écrivain c’est enfin avoir une bonne histoire en tête et aussi relire le texte achevé. Entre les deux étapes réside le travail toujours recommencé et ardu, page après page. Pierre est devant l’ordi à 9 heures et après cinq heures de travail il est K.O. Le livre commence quand il a la première et la dernière phrase et tout le plan en tête.

Un roman est réussi quand il en rêve la nuit : cela signifie que les personnages commencent à exister et prennent leur indépendance. Le livre vit quand il laisse des images dans la tête de ses lecteurs.

Son dernier ouvrage est un récit sur le rôle de sa mère qui s’appelait encore Simone Coqué, dans le réseau de résistance de Georges Garel qui a sauvé 5000 enfants juifs entre 1942 et 44. Le livre raconte comment Salomon Jassy, rescapé de l’extermination grâce au réseau, a retrouvé Simone avant de la faire nommer Juste devant les Nations à l’âge de 90 ans.


Du parquet ciré de la piste de danse du Trianon où il glissait petit garçon, à la tour qu’il habite maintenant avec sa femme rue Castelnau, en passant bien sûr par les jardins de l’Ecole Normale où il déposait ses chats pendant les cours avant de les récupérer le soir sur les épaules, Pierre Stolze est devenu un écrivain.


Pierre Stolze publie également textes et critiques littéraires dans la revue Bifrost[1]
la publication de ce livre donnera lieu à une conférence à l’Adagio le jeudi 10 février 2011 à 20 h 30.

publié par mon quartier ma ville[9]