Libération de Thionville

De Wikithionville
Banderole
Banderole allemande dans la rue de Paris.

Demain du sang noir

Séchera au grand soleil

Sur les routes.

Chantez compagnons,

Dans la nuit, la liberté

Nous écoute…


Le Chant des Partisans


Contexte historique :

Dès le débarquement de Normandie du 6 juin 1944, la libération de la France se fait véloce. La chute de Verdun, le 31 août, sous la pression de la IIIème Armée du général George Patton, aurait pu être une bonne nouvelle.

Néanmoins, l'allongement des lignes de ravitaillement à cause de l'avance considérable des Alliés et la possibilité offerte aux Allemands de se retrancher le long de la Moselle, à Metz, et à Thionvilleplus particulièrement, ont forcé les troupes à ralentir la cadence.


Immeuble
Immeuble détruit


Chronologie de Thionville à la Libération :

1944

Nuit du 1er septembre

Les autorités civiles et militaires allemands s'enfuient nuitamment de la ville.


1er septembre

Un peloton américain infiltre les positions allemandes. Avec trois blindées et six Jeeps, il fait son entrée dans Thionville. Il sème la panique chez les défenseurs. Une heure et demie plus tard, il repart.


2 septembre

Les autorités allemandes reprennent le contrôle de la ville.


3 septembre

Le résistant thionvillois Robert Wax est fusillé à Metz.


12 septembre

Après des combats de rue, le 358 combat Team de la 90th Infantry Divison prend Thionville et la rive ouest de la Moselle. Aux alentours de 3h du matin, les Allemands, qui se retirent sur la rive opposée, dynamitent au passage le Pont des Alliés.


14 septembre

La commission municipale provisoire est installée, sous la présidence de Mr Lucien Guille.


15 septembre

Alors que Lucien Guille est nommé provisoirement sous-préfet de Thionville, Mr Georges Marchal lui succède à la tête de la délégation municipale provisoire.


19 septembre

Tombé près du Temple protestant, un obus tue Georges Marchal, alors président de la commission municipale provisoire.


20 septembre

Mr Jean-Marie Desvignes prend la place de Georges Marchal.


11 novembre

Autrey Maroun, lieutenant-colonel, franchit avec son bataillon la Moselle.


25 novembre

Les généraux Giraud, Patton, Collier et Walker sont reçus à Thionville.


16 décembre

Une réception des troupes américaines, françaises et du général Walton Harris Walker est organisée.


La Libération de Thionville en étapes :

La fuite de nuit

Les rumeurs de la chute de Verdun entraînent un véritable exode chez les Allemands dépêchés en Lorraine. Tous fuient dans la nuit du 1er septembre.


L'incursion alliée

Trente hommes dans neufs véhicules (trois automitrailleuses et six Jeeps), sous la férule du lieutenant James D. Jackson et du sergent Fred Baker, partent, le 31 août 1944, en reconnaissance à Thionville.

Au matin du 1er septembre, le peloton traverse successivement quelques villes, dont Fontoyet Knutange. Au fil de sa progression, la population lui confie des renseignements importants sur les positions adverses.


Deux résistants, Robert Wax (dont le nom de code est Gabriel) et Albert Ordener se proposent comme guides. La panique s'empare des Allemands à mesure que se diffuse la nouvelle de l'avancée des Américains. Le crépitement des mitrailleuses marque leur arrivée. Ainsi, protégés par une poignée d'avions, ils forcent le passage à Hayange. En dépit d'un accrochage avec trois chars allemands, ils parviennent à Thionville à 16h.

Alors que des obus pleuvent épars, le groupe traverse la ville. Plusieurs échanges de tirs éclatent. Il prend position sur la Place du Marché et parvient même aux abords de la Moselle, au niveau du Pont des Alliés. En position sur la rive opposée, les Allemands ouvrent le feu. Jackson commande à ses hommes de descendre des véhicules et de se cacher derrière. Le combat dure une heure. Six blessés sont recensés dans les rangs américains... en plus du sergent Baker, pour sa part décédé. Le lieutenant Jackson se met alors à traverser le pont pour couper les câbles reliant les charges explosives devant le faire sauter. Il est atteint par un tir.


Tandis que les Thionvillois, confinés dans leurs caves, suspendent les premiers drapeaux tricolores à leurs fenêtres, les trois chars retournent sur leurs pas.


Le retour aurait pu se solder par un désastre, si, à Terville, des FFI n'avaient pas orienté les chars alliés vers un chemin de repli. De la sorte, ces derniers échappent à une embuscade tendue à Hayange.


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Véhicule détruit à proximité du beffroi


Le retour

Le lendemain, le samedi 2 septembre, les forces nazies reviennent, investissant les points stratégiques de Thionville. Leur retour est essentiellement motivé par des promesses de sanctions. Quant à la fuite des Allemands, elle est due à une erreur d'interprétation du mot d'ordre, selon M. Liebel. " Kusel ", qui était le mot d'ordre, concernait uniquement le déplacement des Allemands ainsi que des pro-Allemands sur la rive droite du fleuve. Or, les militaires et les dirigeants l'avaient confondu avec le second mot d'ordre " Westwall ".


La répression

La police allemande revient dans la ville après le départ des chars. Elle procède à une série d'arrestations de ceux ayant fêté le prime départ des Allemands au profit de l'arrivée des chars alliés.


Wax et Ordener, dénoncés par une habitante, sont arrêtés. Puis, après un interrogatoire, ils comparaissent le 3 septembre, à une heure du matin, devant un conseil de guerre siégeant à Metz. Ordener, contre qui les preuves de culpabilité sont trop légères, voit sa peine commuée.

En revanche, Wax ne bénéficie pas de la même chance. Il est fusillé le soir même, à 20h30.


Ami, si tu tombes,

Un ami sort de l'ombre

A ta place.


Le Chant des Partisans


L'évacuation

Le dimanche 3 septembre, une réunion décide de l'évacuation de la population de Thionville. Elle est fixée au lendemain. SA et SS sillonnent les rues, avertissant les habitants de l'imminence de l'évacuation. Pendant ce temps, les premiers avions alliés survolent la ville.


La tentative

Au crépuscule, le 8 septembre, le lieutenant Grossmann, avec trois chars, entre par Beauregard dans Thionville. Au niveau de la sous-préfecture, il est accueilli par un tir ennemi nourri. Il rebrousse chemin sans tarder.


Les préparatifs de la défense


Barrage
Barrage sur l'Avenue Albert 1er


Le jeudi 7 septembre, chaque maison est passée au peigne fin par les SA. On réquisitionne les hommes entre 14 et 65 ans à de nombreuses reprises. Ensuite, ils sont envoyés sur la rive droite de la Moselle, chargés de creuser des tranchées, ou sur la rive gauche, à édifier des barricades. Malgré tout, plusieurs cachettes de Thionvillois ne sont pas décelées.


La défense de Thionville est méticuleusement préparée par les troupes allemands. Par le biais de chaussées éventrées, d'arbres abattus, d'immeubles dynamités et de monceaux de débris, des barricades sont dressées à chaque coin de rue. Alors que des nids de mitrailleuses sont installées dans les ruelles, les Allemands, sur la rive droite, veillent au vidage des dépôts en ville. Le 9 septembre, les préparatifs se poursuivent. Derrière les barricades se préparent des soldats allemands, les mitrailleuses chargées, à mesure que retentissent les canons alliées. Le lendemain, le son des canons se rapproche. Thionville est prise sous le feu. La messe donnée à l'église paroissiale voit se presser peu de monde.


La reconnaissance

Accompagné du sous-lieutenant Espinola, Bill Falvey part du château de Volkrange, dans la nuit du 10 au 11 septembre. Vers 5 heures du matin, alors qu'il mène une mission de reconnaissance, il débouche sur la place Marie-Louise, tout droit arrivé du quartier Saint-Pierre. Des déportées polonaises croisent le chemin des deux éclaireurs, puis un FFI, au niveau de la poste, les renseigne. Des coups de feu tirés du bastion Sud les contraigne à fuir. Néanmoins, les informations glanées par les deux éclaireurs vont permettre l'élaboration du plan d'attaque de Thionville.


L'avance alliée

Dans la nuit du 11 septembre, la police part, imitant les troupes. De rares Allemands demeurent pour piller les magasins.


Dans la soirée du 11 septembre, les Alliés, en provenance de la Vallée de la Fensch, investissent Thionville. Ils progressent avec assurance, étant donné que la progression alliée en direction du Luxembourg leur assurance une protection relative sur le flanc gauche. Cependant, les Allemands, dans la nuit, réussissent à faire sauter le Pont Nord, le Pont Sud, puis le Pont des Alliés. Les troupes allemandes du génie dynamitent l'Hôtel Terminus ainsi que les installations ferroviaires de la ville.


Dans le même temps, la 90ème Division approche.

  • Le 1er Bataillon attaque par l'est, à Angevillers, donnant l'assaut consécutivement au bombardement des pentes méridionales de l'objectif. Au crépuscule, la formation s'établit non loin de son objectif final, après avoir affronté une résistance farouche.
  • Le 2ème Bataillon, pour sa part, se rapproche de Volkrange, car il est chargé de prendre Thionville.
  • Le 3ème, finalement, s'empare des hauteurs à l'est de Volkrange.


La prise de la ville

Le matin du 12 septembre 1944, Thionville tombe aux mains de la 90ème Division.


Le 1er Bataillon achève de nettoyer les hauteurs au nord-ouest de la ville.

Poursuivant son attaque, le 2ème réussit, au crépuscule, à encercler les environs sud et ouest du pont. Néanmoins, comme à Stalingrad, la progression de la troupe est ralentie par des combats de rue, prenant lieu de maison en maison.

De son côté, le 3ème, dans l'attente de renfort pour lancer un assaut sur Terville, protège le flanc du droit du 2ème Bataillon.


Vers 18 heures, les premiers chars et fantassins américains parviennent Place de la République. À l'entrée de la Rue de Paris, les Allemands se retranchent, engendrant une fusillade intense.

Le 14 septembre, l'occupation de Thionville par les Américains est achevée.


Le débarquement

Le général Bill Weaver enjoint à ses hommes de traverser la Moselle, au coeur de la ville, puis de débarquer à 100 mètres environ du pont principal routier. Prévu pour 3000 militaires, le débarquement, compte tenu des pertes énormes envisagées, est reporté.


Les Allemands tirent sur l'église Saint-Maximin. À 15 heures, les conseillers municipaux se réunissent dans le bâtiment de la police municipale, qui officie temporairement en tant que mairie. Présidé par M. Lucien Guille, le conseil prend en charge le ravitaillement, l'office municipale d'habitation, la gérance des biens, la prévoyance sociale, les questions sanitaires, les services publics et les finances. Une police municipale, composée de volontaires et dirigée par M. Spuhler, se charge de limiter les pillages. Ainsi, le ravitaillement, malgré les fusillades, est assuré.

Le 16 septembre 1944, la population, par le biais d'avis officiels, est invitée à remettre en état la ville. Elle est également informée de la présence de la police, venue de Hayange reprendre ses quartiers avenue Poincaré. Récalcitrants à l'idée de suivre les Allemands dans leur repli, des soldats autrichiens se rendent aux autorités.


Entre deux feux

Pendant deux mois, Thionville se mue en nomansland. Surtout la nuit, Américains et nazis se pourchassent. Les Thionvillois vivent dans les caves, ne sortent que pour le ravitaillement. La ville vit entre les batteries américaines et les mortiers allemands. En France, elle est la seule ville où la monnaie courante est encore le mark. En réponse aux tirs américains, les Allemands bombardent la ville, causant de nombreuses victimes parmi les civils.


Le mardi 19, un obus, tombé près du temple protestant, tue Georges Marchal, président de la commission municipale.


L'offensive alliée

Finalement, afin de mettre un terme au danger omniprésent dans les rues de Thionville et tenter de débusquer les Allemands installés sur la rive opposée, les Américains évacuent partiellement la ville le 5 octobre. Les quartiers voisins de la Moselle, le chantier de bois Léonard-Belinger, les rues Castelnau, de Paris, la Place du Marché, la Rue de Luxembourg, la Place Hellot (maintenant le Square du 11 novembre) et l'Avenue Pétain (maintenant l'Avenue du Général de Gaulle) sont concernés.


Le 9 novembre, sous la pluie aurorale, des groupes de combattants alliés franchissent la Moselle, alors en crue, sur un vaste front au nord de Thionville. Leur offensive se porte entre Koenigsmacker et Basse-Ham, mais se trouve entravée par les tirs nourris en provenance du Fort de Koeningsmacker, de la colline de St Roch et du village de Metrich.


La reconnaissance

Le 10 novembre, le général Walker se trouve dans l'incapacité d'ériger un pont à cause de la crue de la Moselle.

Le lieutenant-colonel Autrey Maroun est donc appelé au quartier général de la 95th Infantry Division. Le colonel Harvey Golightly lui ordonne de faire une reconnaissance à Thionville, afin de découvrir un gué sur la Moselle au profit de la 10th Army Division.


Le 10 novembre à 15h15, après consultation avec le général Twaddle, Autrey Maroun part en reconnaissance avec son S-3. Il ne connaît rien du secteur. Pendant ce temps, le génie et un bataillon en faction à Batilly sont contactés. Ce dernier va devoir marcher trente kilomètres dans la nuit, en terre inconnue.

À 3h30, les fantassins arrivent à destination. Une demi-heure plus tard, Maroun prévient les chefs des compagnies qu'il ne dispose pas du temps nécessaire à une reconnaissance approfondie du terrain et qu'il faudra placer sa confiance dans le génie. Positionnés dans le secteur, les sapeurs procurent aux hommes des bateaux.


Finalement, les Alliés jettent leur dévolu sur un site de franchissement dans la partie sud de Thionville. L'itinéraire prévu doit mener le bataillon sur une île dont la surface est quasi-intégralement occupée par la gare et les entrepôts. Un canal précède Fort Yutz. L'ouvrage qu'est Fort Yutz, considéré comme monument historique, n'est doté d'aucune pièce d'artillerie. Son rempart, ses créneaux et son fossé ne protègent pas ses défenseurs équipés comme des fantassins normaux.


L'assaut

La compagnie E du lieutenant James Prendergast est finalement choisie pour franchir la première la Moselle à la date du 11 novembre. La compagnie F doit lui emboîter le pas. Trois bateaux sont lancés sur la rivière. Les deux premiers ne se font pas détecter. En revanche, le troisième est pris pour cible par des Allemands ayant investi une redoute. Des canots se retournent sur la rivière. En réponse aux Alliés qui chargent l'ouvrage, les mitrailleuses et les mortiers du Reich se mettent en route.

En dépit de la violence des tirs de barrage, 150 hommes appartenant à la compagnie E gagnent la berge. Dans le même temps, un contingent traverse la Moselle à la hauteur de Perl. Néanmoins, l'effet de surprise est perdu. Qui plus est, le prix humain à payer est déjà cher. Au crépuscule, les soldats à rejoindre la rive est sont rares.

Croix
Lieu de traversée de la Moselle par les forces alliées


Le débusquage des Allemands sur l'île dure une journée entière. Alors que les Alliés nettoient le périmètre, le génie recherche un secteur propice à la construction d'un pont. Dans la matinée, Walker demande à Maroun que le bataillon établisse une tête de pont suffisamment profonde pour que les tirs allemands ne contrarient par les opérations du génie. Cette tâche ne peut aboutir que si les hauteurs autour de Haute-Yutz sont sécurisées.


Dans la pénombre vespérale, le reste de la compagnie F est transféré, malgré le faible nombre de bateaux. Puis, en début de matinée, les compagnies G et H suivent le mouvement. Parallèlement, la compagnie F localise deux ponts sur le canal, de chaque côté de Fort Yutz. Un plan dans le but de prendre ces écluses est élaboré.


À 7h, les premiers tirs d'artillerie alliés retentissent, et ce, pendant une demi-heure. Ensuite, la 2ème section prend à revers les Allemands affectés au pont sud, occasionnant onze morts dans leurs rangs. À 8h, les Alliés pénétrèrent dans l'enceinte de Fort Yutz. L'attaque du pont nord perd de son efficacité en raison de la résistance de casemates ennemies. Contraints de stopper leur progression sur le pont, sous un feu nourri, les attaquants sont arrêtés une seconde fois par une palissade en acier.

Suite à la mort de vingt hommes, l'officier chargé de la direction de l'assaut au nord impose une halte. Ainsi, le secteur sud est le seul à être employable, même s'il y règne une grande confusion. Des combats y prennent tant place à l'intérieur qu'à l'extérieur. Les Allemands opposent une résistance farouche aux Alliés, mais, après la destruction de la palissade grâce à des explosifs, et donc à la progression de l'assaut nord, ils sont défaits.


Au soir, la majeure partie de Fort Yutz est contrôlée. La chute de la fortification est prévue au lendemain.


La reprise de l'assaut

Alors que les Allemands mènent des contre-attaques contre la 90th Infantry Division, Patton insiste auprès de Walker afin que le pont de la 10th Army Division soit construit. Peu importe les pertes, Walker enjoint donc au génie de débuter les travaux.


La 95th Infantry Division, dans l'après-midi, émet l' " Operation