Eddy Thein, une enfance sous l'annexion allemande

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" La France n'est pas prête à laisser Strasbourg sous le feu des canons allemands. "

Albert Sarraut


Des populations en fuite
Soldats allemands soulevant une barrière à la frontière polonaise


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Soldats soviétiques dans les ruines de Stalingrad


Eddy, deuxième d'une fratrie de trois garçons, est né en 1933 à Thionville.

En 1939, la guerre éclate. Il raconte ici les souvenirs de son enfance. L'école allemande puis française, l'annexion de Thionville, l'expulsion, le retour dans une ville pavoisée de fanions nazis, les jeux, les découvertes, les peurs.

Tout cela à travers le regard d'un enfant, qui sera, de sa sixième à sa onzième année, allemand.

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Eddy Thein, une enfance sous l'Annexion


Image: Thomas Guedenet

Interview : Juliette Loizeau et Corentin Santilli

Montage : Juliette Loizeau




Chapitre 1 : Échos de l'Est

● Août 1939 - Thionville.

Les tensions sont vives entre les États. La signature du pacte de non-agression germano-soviétique, signé par le nazi Ribbentrop et le communiste Molotov, le 23 août 1939, a l'effet d'un coup de tonnerre en Europe.

Les deux idéologies que tout oppose se sont prêtées allégeance.


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Signature du pacte germano-soviétique


À Thionville, il apparait bien qu'un conflit est imminent. Seulement, l'ombre continue de planer. C'est là que débute l'histoire tumultueuse d'Eddy Thein, alors âgé de 6 ans. Dans les cages d'escalier de son immeuble de la rue du Four Banal, les Polonais, les Italiens, les Allemands, les Luxembourgeois et les Français n'ont qu'un mot sur les lèvres : la guerre.

Aura-t-elle lieu ? La France va-t-elle être attaquée ? La France va-t-elle réagir ?

" La guerre, qu'est-ce que c'est la guerre ? " se demande Eddy, à son âge. " À six ans, dans ma tête, ça travaillait. "


● 1er septembre 1939 - Thionville.

Absent, voilà comment qualifier le doute. Il n'y a plus à douter. La Pologne a été envahie par les armées du Reich. Selon la tactique de la Blitzkrieg, Hitlera déchaîné ses forces à l'est de l'Allemagne.


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Char allemand participant à l'invasion de la Pologne


À Thionville, dans l'immeuble du Four Banal, l'incertitude a disparu. Eddy, qui se perd dans les conversations à cause de son âge, voit très bien l'angoisse des habitants. La guerre à l'ouest, en France, est certaine !

" Ça va être pour nous, disait-on dans les escaliers. "



Chapitre 2 : Le calme avant la tempête

Tout est bon pour désigner la période entre la déclaration de guerre de la France et son invasion. La Drôle de Guerre en France, la phoney war (fausse guerre) en Angleterre, la Sitzkrieg (guerre assise) en Allemand.


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La Drôle de Guerre


● Septembre 1939 - Thionville.

Les avions du Reich survolent Thionville. Avenue Albert 1er, Eddy constate les dégâts. " On a couru aller voir ça, " dit-il. Une unique maison a été touchée par les bombes.

Ensuite vient une accalmie paisible, longue. Le calme avant la tempête. Celle-ci, d'ailleurs, n'épargnera rien ni personne.



Chapitre 3 : Ruée à l'Ouest

● Mai 1940 - Thionville.

Les voilà qui arrivent. Eddy n'a pas vraiment conscience de l'importance capitale de la situation, mais il saisit néanmoins les faits majeurs. Le front à l'ouest s'est ouvert. La France est envahie par les fantassins et les chars d'Hitler.


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Char allemand traversant un village français


Thionville est déclarée zone de guerre. En mai 1940, les charrettes emplissent les rues de la ville. Avec sa famille (son père, sa mère, et ses deux frères), Eddy doit se rendre à la gare de Beauregard. Là où se trouvent les cités ouvrières, par opposition aux environs bourgeois du Lycée Charlemagne.

" Des militaires gardaient les quais, " se souvient-il.



Chapitre 4 : Dans le train

● Mai 1940 - Metz.

Lorsque le train part, complet, il ne contient que des Thionvillois, dont Eddy. Le garçon, jusqu'à Metz, n'aura à supporter aucun bombardement.

Arrivé à destination, l'alerte est donnée. " On a tous du descendre. " Bientôt, les souterrains de la gare de Metz se retrouvent bondés de passagers, déchargés en hâte. La foule entraîne Eddy. Sa peur croit à l'écoute des coups sourds des bombes, des mètres plus haut, qui explosent au-dessus de sa tête.

" Entraînés dans ce tunnel, moi et mes frères pensions y rester. Les gens poussaient et criaient. "


● Mai 1940 - Sur la route.

" Les trains n'étaient pas bombardés ", affirme Eddy. Cela dit, alors que le véhicule fonce vers la Charente-Maritime, l'enfant a plus d'une fois l'occasion de craindre les Allemands. Délibérément, les bombardiers en piqué nazis, les Stukas, descendent à la verticale sur les convois, avant de remonter.


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Les Stukas, la terreur de l'Exode


" Les trains s'arrêtaient alors, ou s'enfonçaient dans un tunnel ". Eddy n'échappe pas à la crainte des sirènes des Stukas.



Chapitre 5 : En Charente-Maritime

● Mai 1940 - Rochefort - Charente-Maritime

À l'arrivée de la famille d'Eddy à Rochefort, les Allemands se mettent à l'oeuvre. Tandis que les Thionvillois s'aventurent dans l'Arsenal, la Luftwaffes'amuse à l'effrayer. Pour renforcer l'aura de crainte, elle brise les carreaux de l'Arsenal.

Deux jours après l'arrivée du train, les soldats d'Hitler arrivent dans la ville.


● Juin/Octobre 1940 - Cabariot - Charente-Maritime

Après avoir été reçus par une comtesse dans un château, à Cabariot, Eddy, ses parents et ses frères s'établissent dans des fermes. De juin à octobre, ils demeurent à la campagne. Pour le garçon, le voyage n'a pas l'allure d'une course contre l'envahisseur. " C'était une aventure ", assure Eddy au sujet du voyage.

Avec son père, Eddy se rend souvent à la pêche, en dépit de sa peur des anguilles. Mais il a aussi d'autres occupations d'enfant. Lorsque l'Arsenal est bombardé, il monte, avec ses frères, sur des bottes de paille, dans l'espoir d'observer les avions des Allemands.

D'ailleurs, il n'est pas au bout de ses surprises. Entre les hommes armés de sabre, sous les arcades du centre-ville, qu'il trouve ridicule, et la marée, dont il sera émerveillé. Des souvenirs qu'il rapportera de Cabariot, il se souviendra surtout des pêches. " À chaque fois que j'en mange une, tout se remet en marche dans ma tête. La ferme, le propriétaire... ".


● Octobre 1940 - Cabariot

" On a proposé à mes parents de rentrer à Thionville ". Le retour se fait dans le calme, à tel point qu'Eddy n'en gardera que de rares souvenirs. " Du retour, je ne m'en souviens plus ! C'est vraiment qu'il n'a pas dû se passer grand chose ! " s'amuse-t-il.



Chapitre 6 : Thionville, ville nazie

● Octobre 1940 - Thionville

Aussitôt de retour dans la ville, Eddy est impressionné par la myriade de fanions. Les drapeaux à croix gammée tombent sur les bâtiments, les tâchant de rouge, comme de sang versé. Thionville est pavoisée des couleur du Führer. On ne tarde pas à demander à ses parents leur statut.


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Drapeau à croix gammée, similaire à ceux suspendus dans Thionville


Eddy se froisse aussi des piques des Allemands : " Voilà les sales Français ! ". " J'étais mauvais, lorsqu'ils disaient cela. " Cela contraste avec les plaisanteries des Français en Charente-Maritime, qui appelaient les expulsés les " Boches de l'Est ".



Chapitre 7 : Le " malgré-nous "

● Thionville

Le père d'Eddy est incorporé de force dans la Schutzpolizei, l'équivalent de la gendarmerie française. Souvent, alors qu'il est en garnison à Algrange, il reçoit la visite de son fils. Pour le rejoindre, Eddy emprunte le tramway reliant Thionville à Algrange. " Le plus amusant est que mon père allait écouter les informations de la France Libre dans les bistros de la ville ".


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La Schutzpolizei



Chapitre 8 : Rafle de nuit

● Été 1941 - Thionville

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Soldat de la Wehrmacht avec un lance-flammes, sur le front russe


Après le déclenchement de l'Opération Barbarossa et l'invasion de la Russie, le 22 juin 1941, Hitler expose ouvertement sa volonté d'anéantir les " Untermenschen" slaves. C'est pourquoi les rafles ne limiteront plus aux Juifs, mais s'étendront également aux communistes.

À l'été 1941, une raflefrappe Thionville. Sous les yeux d'Eddy, les camions des Allemands se garent sur la Place au Bois. Lui qui habite au troisième étage, dans son immeuble de la rue du Four Banal, parvient à discerner la scène par les interstices des volets. " La manière dont cela se passait était effrayant. "


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Destruction du Ghetto de Varsovie


" N'ouvre pas les volets et tais-toi " ordonne la mère d'Eddy à son fils. Dans la rue du Four Banal, où les immeubles culminent à plusieurs mètres, les " Schnell " des Allemands résonnent. Et même si la famille n'a pas l'occasion d'apercevoir les arrestations, elle assiste au long défilé des camions, chargés de prisonniers.



Chapitre 9 : Devant le SS

● Thionville

Un jour, un ami d'Eddy, qui habite dans le quartier bourgeois, au pied de la Tour Charlemagne, l'informe que des personnes ont été expulsées, laissant les maisons désertes. Aussitôt, Eddy et ses compagnons se rendent sur place. En brisant les carreaux, ils parviennent à ouvrir les demeures de l'intérieur.

" Les lits étaient faits. Rien n'était en pagaille. Tout était rangé. Nous n'avons rien pris. Ce n'était pas amusant du tout. "


● Thionville

À la suite des infractions, un SS se rend au domicile des Thein. Muni d'une convocation, il somme Eddy de se rendre au quartier général de la SS, chargé entre autres des questions juives et de l'expulsion.

Actuellement, l'agence Axa se trouve à l'emplacement du bureau de la Schutzstaffel.

" Nous avons été dénoncés. " pense Eddy.

Le passage dans le quartier général de la SSl'impressionne. Ce bâtiment, peint en noir et orné du drapeau de la garde rapprochée du Führer, abrite plus d'une surprise. Tout d'abord, dans le vestibule, trône une grande photo d'Hitler. Puis, devant un bureau magnifique, se tient un SS. Aussitôt, il se met à admonester Eddy et ses amis, au sujet de leur entrée dans les maisons désertes.


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Insigne de la SS


" Ne dis rien ! " lui avait commandé sa mère.



Chapitre 10 : Goebbels à Thionville

● 1941 - Thionville

En 1941, Thionville reçoit la visite de Goebbels. Le haut personnage du nationale-socialisme, ami du Führer, y fait escale avant de rejoindre Metz.


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Joseph Goebbels


En décapotable, Goebbels descend la Rue du Luxembourg. Les gens, agitant des drapeaux sur son passage, crient " Heil " le long de la route. " Il était bien vu, cet homme-là, à Thionville ", concède Eddy, présent le jour de la visite du nazi.

" C'était du théâtre ", ajoute-t-il au sujet du discours de Goebbels, qui se tient sur la Place du Marché. Eddy, qui en a assez de rester sur place, face au podium, se rend sur la Place de la République, dans l'intention de voir Goebbels repartir.

Et la stratégie paie.

" Les gens n'étaient pas obligés de venir, mais il valait mieux pour eux ".



Chapitre 11 : Les centres d'entraînement

● Thionville

Qu'elle appartienne à la France ou à l'Allemagne, Thionville demeure une garnison importante de plusieurs milliers de soldats, notamment à Hettange-Grande.

Une boulangerie militaire, Rue de la Vieille Porte, en face du Lycée Charlemagne, conçue par Vauban, est détruite par les Allemands. " On allait souvent y casser la croûte. "

Près de l'actuelle Briquerie, les centres d'entraînement ne sont pas rares. On y trouve à la fois des tranchées et de vieux charsrusses, destinés aux manœuvres.


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Jeune de la Jeunesse Hitlérienne s'exerçant au tir


À l'angle de chaque rue, les Allemands érigent des bunkers. Comme la ville ne sera pas bombardée très souvent, les fortifications ne serviront jamais.


" À Thionville, surtout Place du Marché, il y avait beaucoup de manèges. J'adorais ça. "

Les nazis éminents dans la hiérarchie disposent de leur propre cheval. Sur la route du retour, après leurs manœuvres au Fort d'Illange, ils chantent l'air tristement célèbre en France occupée : " Heidi, Heido ".



Chapitre 12 : Les prisonniers

● Thionville

Autour de Thionville, les Allemands font creuser de grandes piscines. Pas pour se baigner, mais pour y puiser en cas d'incendies liés aux bombardements. C'est près de ces bassins qu'Eddy apprend à connaître les Russes et les prisonniers de guerre.


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Prisonniers français en mai/juin 1940


" Les Russes étaient contents de faire ça, tant qu'ils étaient à l'abri. Le plus dangereux, c'était du côté de Yutz. " Eddy, qui ne parle pourtant pas le russe, parvient à les comprendre. " Ils venaient du camp de Florange, où les sidérurgistes étaient regroupés. "



Chapitre 13 : Le ravitaillement

● Thionville

" Dans le coin, on ne peut pas dire que les gens sont morts de faim. " Selon Eddy, les personnes souhaitant assurer leur survie pouvaient entretenir les nombreux jardins de Thionville.

Les arrivages de nourriture sont fréquents. Des cartes sont nécessaires pour obtenir du beurre, mais pas pour les harengs, qui ont été pillés. Des tickets de rationnement sont distribués pour le pain et les saucisses.

Dans le bistro de la Rue du Four Banal, les meubles des maisons des expulsés sont mis en vente. " De l'argent, dans le coin, il y en avait. " Eddy et ses frères vont chercher de la farine dans les moulins environnant Thionville. " On faisait des crêpes, et on préparait des conserves de betteraves, de haricots,... "


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Tickets de rationnement


En échange de tickets de rationnement, les Russes vendent des jouets en bois, qu'ils ont fabriqués eux-mêmes.



Chapitre 14 : Dans la Hitlerjugend

" Je veux une jeunesse brutale, impérieuse, impavide et cruelle. "


Adolf Hitler


● Thionville

Eddy est obligé d'intégrer la Hitlerjugend. " On nous apprenait à tirer et à défiler. " À la venue des dignitaires nazis, il doit, avec ses amis, se rendre sur la Place du Marché, et crier le " Heil ! " commun. " Les SS connaissaient l'art de la propagande. " Leur uniforme noir l'a particulièrement impressionné.

Dans la Rue du Luxembourg se trouve le quartier général de la Jeunesse Hitlérienne. Eddy y reçoit une grande photo d'Hitler, Mein Kampf, le chemise, le foulard, le pantalon et le poignard de la Hitlerjugend. " J'ai tout jeté après la guerre. J'ai été frappé des images véhiculés sur les Juifs par Mein Kampf. "


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Uniforme de la Hitlerjugend


Chapitre 15 : Des rumeurs de l'extérieur

● Thionville

Au fur et à mesure que l'Allemagne commence à être bombardée, de plus en plus d'Allemands se rendent à Thionville. " Ils nous racontaient la façon dont ils étaient bombardés. Ça nous donnait une de ses peurs. "

L'un des deux oncles d'Eddy est envoyé sur le front russe, en 1942, à Stalingrad. " Il y est resté, d'ailleurs. "

Sa femme, la tante d'Eddy, reçoit les lettres de son époux. " Mon oncle lui écrivait de Stalingrad. "


Soviétique à la Bataille de Stalingrad


L'autre oncle, du nom de Meyer, s'enrôle dans les SA(sections d'assaut), dont il a été un grand chef.

Par la même occasion, le père d'Eddy, à l'écoute de la radio de la France Libre, intercepte les informations, mais préfère ne pas les ébruiter dans Thionville nazie. " On ignorait tout de la guerre en Afrique ", se souvient Eddy. " Mais je suis sûr qu'à Nancy, ils le savaient ! "


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Drapeau de la France Libre



Chapitre 16 : Les pages de feu

● 1941/1942 - Thionville

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Autodafé en 1933, à Berlin


De grands bûchers sont dressés sur la Place de la Liberté. Les Allemands, lors de ces autodafés, jettent tous les livres figurant sur la liste noir d'Hitler. Les ouvrages de Karl Marx, par exemple, sont les premières victimes des nazis. Eddy, lequel, à son âge, ne comprend pas, s'amuse à jeter les livres dans les flammes.


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Karl Marx


" Le nazisme était bien implanté à Thionville. "



Chapitre 17 : Un espoir dans le ciel

● 1943 - Thionville

À partir de 1943, Thionville commence à être bombardée. Le dépôt du chemin de fer de Yutz, les terrains d'aviation et la gare de Beauregard (où sont réparées les machines à vapeur) sont pris pour cibles.

Au moment du bombardement, Eddy étudie à Poincaré. L'alerte est donnée ; tout le monde doit trouver refuge dans la cave. " Je détestais aller à la cave", confesse-t-il. Prétextant vouloir se rendre aux toilettes, il retourne en fait dans la cour. " Je n'avais pas du tout l'intention d'aller aux WC. "

C'est alors qu'il aperçoit une escadrille fondre sur la gare. Les bombes tombent au loin, sous ses yeux, ce qui ne manque pas de l'impressionner. D'autant plus que les avions ont frappé avec une précision quasi-chirurgicale.

" Vous avez loupé quelque chose ! C'était bien " n'omet-il pas de lancer à ses camarades de classe, à son retour.


À la sortie des cours, Eddy et ses amis convergent à Yutz, sur le lieu du bombardement. " D'autres de mes copains, qui habitaient Manom, ont vu les Anglais raser la Moselle. "



Chapitre 18 : Gare au feu !

● Thionville

Tous les avions alliés passent au-dessus de Thionville. Eddy le sait. C'est pourquoi, avec ses amis, il se rend au temple protestant. Avec de la craie, il compte le nombre d'aéronefs dans le ciel. " On n'y arrivait plus ! " s'amuse Eddy.


Au retour des avions, les pilotes déchargent les munitions sur la ville. Il est important que les appareils soient assez légers pour survoler la Manche.

De nouveau, Eddy se rend sur la Place de la Liberté. Il dévisse, avec l'aide de ses amis, une douille. C'est alors que l'un des garçons plante un clou dans le détonateur de la balle. La munition explose, endommageant grièvement les doigts du malheureux jeune homme.

Aussitôt, Eddy emmène son camarade à la Croix-Rouge allemande. Résignés, les infirmiers doivent lui couper les phalanges.


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Douilles


Ce n'est pas l'incident qui arrêtent Eddy et ses amis. Ensemble, ils dévissent les douilles, versent la poudre sur le sol, alignent les munitions vides, puis font exploser les traînées de poudre. " On était complètement fous. Mais je crois que je n'étais pas le seul. "



Chapitre 19 : Dans la cave

● Thionville

" Où j'avais la frousse, c'était pendant les alertes de nuit ! " se souvint Eddy. Les Allemands ont des responsables de quartier, dans la ville. Leurs " Nicht in den Häuser ! emplissent la nuit. Obligé de suivre les instructions, Eddy descend dans la cave de son immeuble.

Partout, dans la cage d'escalier, les habitants égrènent les prières. " Oh que ça me faisait peur ! J'avais plus la frousse à cause de leurs prières que des bombardements ! " Pour échapper à la tension, Eddy renouvelle la tactique utilisée à Poincaré.

D'une maison à l'autre, de cave en cave, les Allemands ont percé des passages. " Cela permettait de fuir rapidement, en cas de problème. "



Chapitre 20 : Quant tout recommence...

● 1944 - Thionville

À la débâcle allemande, les Allemands fuient. Les Thionvillois partent en charrette.

L'hôpital militaire de Thionville, à cet époque, se trouve au Lycée Hélène-Boucher. " J'allais vendre des journaux dans l'hôpital ", se remémore Eddy. " Des hommes en canne sortaient de Boucher, convergeant vers le pont. "

Assis à un bistro, Eddy voit alors son père en train de faire la circulation. " J'ai couru le voir ! " À cet instant précis arrivent des chars allemands. Cependant, ils tombent en panne d'essence au niveau de l'église Saint-Maximin.

Alors que les conducteurs abandonnent les tanks sur place, Eddy et ses amis s'empressent d'aller chercher le reste de leurs camarades. " À notre retour, les Allemands étaient partis. "



Chapitre 21 : Les intrus

● 1944 - Thionville

Avant qu'Eddy n'ait pu partir, les chaînes d'autres chars se font entendre. " On a filé à la maison ! Mais on a entendu les chars tirer sur des camions. " Ce sont les Américains. Arrivés par la Rue de Paris, ils remontent la Place du Marché. " À mon avis, ils sont partis très vite à cause de l'essence. "


Véhicule
Véhicule détruit à proximité du beffroi



Chapitre 22 : Aux barricades

● 1944 - Thionville

Les Allemands de retour à Thionville, ils mettent aussitôt le feu à leurs bâtiments, dont le quartier général de la SS. Il est dans leur intérêt de faire disparaître les archives. " Ils ont fait sauter les maisons, près de la sous-préfecture. " Pour préparer la défense de la ville, les Nazis montent des barricades. " Mais ils ont aussi fait sauter les trois ponts. "


Barrage
Barrage sur l'Avenue Albert 1er



Chapitre 23 : Pour la libération

● 1944 - Thionville

Les combats dans les environs de Thionville ne sont pas aisés. Le Fort d'Illange offre une résistance acharnée aux Américains. " On a sorti des Américains morts de la Moselle. " Pour Eddy, il s'agit d'un jeu. " Eh ! Là-bas, il y en a encore un ! " s'exclamait-il.


● 1944 - Thionville

Afin de franchir la Moselle, les Américains amassent des matériaux de construction sur la Place du Marché. Puis, ils bâtissent le pont dans la Rue du Luxembourg et le poussent jusqu'à la rive. " Thionville vivait jour et nuit. "


Pont
Passerelle jetée au-dessus de la Moselle par les Alliés



Chapitre 24 : La crainte

● 1944/1945 - Thionville

Avec la contre-offensive de Von Rundsedt dans les Ardennes, l'inquiétude envahit Thionville. " Tout le monde craignait que les Allemands ne reviennent. Les obus alliés n'arrivaient pas à détruire les nouveaux modèles de chars allemands. "


Massacre de Malmedy, durant la Bataille des Ardennes



Chapitre 25 : Sur les bancs allemands

● 1945 - Thionville

" À la fin de la guerre, je me suis promis que je ne parlerai plus l'allemand ". Cela dit, Eddy garde un bon souvenir des professeurs allemands.

Au sujet du retour à l'école allemande, il se montre très clair : " Les professeurs n'avaient rien compris à notre cas. " Eddy, âgé de onze ans, est placé dans une classe avec des élèves de son âge. Néanmoins, il n'est pas capable de conjuguer en français, ou de faire des dictées dans cette langue.

" Ils auraient dû nous regrouper dans une même classe, nous qui avions connu Thionville annexée. " Lorsque les professeurs se promènent dans la cour, Eddy les entend : " Oh, ils iront travailler à l'usine ! "



Chapitre 26 : Les deux côtés de la pièce

● 1945 - Thionville

À la fin de la guerre, Eddy apprend que son père, enrôlé de force dans la Schutzpolizei, a escorté les trains d'expulsés jusque dans les camps d'extermination. Malgré sa besogne, il ne voyait pas les déportés, demeurant dans le wagon assigné aux gendarmes.

" Il devait faire un sale boulot. Quand il revenait à la maison, il faisait la tête. Mais dire qu'ici on ignorait ce qui se passait, c'est faux. On l'a su très tôt. Même au Struthof, on savait ce qui se passait. "

De nombreux films sortent à Thionville, en 1945, sur les camps de concentration. " J'ai compris pourquoi mon père ne disait rien à ce sujet ", admet Eddy.


Wagon à bestiaux, à l'ouverture


" Une guerre est juste quand elle est nécessaire. "

Nicolas Machiavel


Pour consulter les articles sur l'Annexion de Thionville, la Libération de Thionville et l'héritage laissé par la guerre à Thionville, cliquez sur les liens : [1], [2] et [3]

Pour en savoir plus sur Eddy, vous pouvez consulter l'article suivant : Eddy Thein, une vie militante



Notes et références :

  1. http://fr.wikipedia.org/wiki/Thionville
  2. http://fr.wikipedia.org/wiki/Seconde_Guerre_mondiale
  3. http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeunesses_hitl%C3%A9riennes
  4. http://www.wikithionville.fr/index.php?title=Accueil
  5. http://fr.wikipedia.org/wiki/Camps_d'extermination_nazis
  6. http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_des_Ardennes
  7. http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Goebbels
  8. http://wikithionville.fr/index.php?title=Thionville_sous_l%27Annexion
  9. http://wikithionville.fr/index.php?title=Lib%C3%A9ration_de_Thionville


Crédits photos : Wikipédia et Wikithionville

Crédits vidéo : LOIZEAU Juliette et GUEDENET Thomas

Crédits documentation : SANTILLI Corentin


Remerciement à THEIN Eddy pour son témoignage à la fort fort, émouvant et passionnant.

Remerciement à LOIZEAU Juliette et GUEDENET Thomas pour leur merveilleuse vidéo, qui garde l'essentiel de l'interview.


Article initié par GUEDENET Thomas, LOIZEAU Juliette et SANTILLI Corentin